La Loi de finances n° 50-25 pour l’année budgétaire 2026, publiée au Bulletin officiel du Royaume du Maroc le 10 décembre 2025, marque la troisième année d’une réforme de la TVA entamée en 2024. Pour les opérateurs européens qui exportent vers le Maroc, plusieurs ajustements concrets s’appliquent depuis le 1er janvier 2026 sur les taux applicables à l’importation, les exonérations sectorielles et la structure du tarif douanier. Notre équipe de commissionnaires en douane fait le point.
EN BREF
- Taux TVA : 20 % (normal) et 10 % (réduit). Les anciens taux de 7 % et 14 % sont progressivement supprimés.
- Tarif douanier : la quotité maximale du tarif commun passe de 40 % à 30 % (circulaire ADII 6702/210 du 26 décembre 2025).
- Nouvelles exonérations TVA à l’importation : pâtes alimentaires courtes, matières fertilisantes, sang et dérivés, bovins (300 000 têtes) et camélidés (10 000 têtes) du 1er janvier au 31 décembre 2026.
- Convergence des taux : sucre raffiné porté à 10 %, énergie électrique portée à 20 % au 1er janvier 2026.
- Sources officielles : Bulletin officiel n° 7465-bis, circulaire DGI n° 737, circulaire ADII n° 6702/210.
DANS CET ARTICLE
- Quelle est l’architecture des taux de TVA au Maroc en 2026 ?
- Quels sont les principaux changements pour les importateurs en 2026 ?
- Comment se calcule la TVA à l’importation au Maroc ?
- Quelles exonérations de TVA à l’importation prévoit la LF 2026 ?
- Quelle procédure pour bénéficier d’une exonération de TVA à l’import ?
- Quel impact concret pour les importateurs européens ?
- En synthèse : trois actions à mettre en œuvre dès maintenant
- Questions fréquentes sur la TVA à l’importation au Maroc
Quelle est l’architecture des taux de TVA au Maroc en 2026 ?
La fiscalité indirecte marocaine s’articule en 2026 autour d’une structure simplifiée, fruit de la réforme progressive engagée par la Loi de finances 2024 et confirmée par la Loi de finances n° 50-25 pour 2026. Le système, codifié aux articles 96 à 116 du Code général des impôts (CGI), repose désormais principalement sur deux taux.
Le taux normal de 20 %
Le taux de 20 % constitue le taux de droit commun en matière de TVA. Il s’applique à toute opération imposable pour laquelle aucun taux réduit ou exonération n’est expressément prévu par le CGI. En pratique, il concerne la quasi-totalité des prestations de services aux entreprises, les ventes de marchandises générales, les travaux immobiliers et l’essentiel des importations non exonérées.
Le taux réduit de 10 %
Le taux de 10 % s’applique à certaines catégories ciblées par le CGI : opérations de restauration, certains produits alimentaires, opérations bancaires et financières (lorsqu’elles sont taxables), transport de voyageurs et de marchandises, ainsi que des produits spécifiques comme le sucre raffiné, dont le taux atteint 10 % au 1er janvier 2026 après une montée progressive depuis 2024.
La convergence vers deux taux
Les anciens taux de 7 % et 14 %, qui coexistaient dans le système marocain jusqu’en 2023, sont progressivement supprimés. La circulaire de la Direction générale des impôts n° 737 du 27 février 2026 confirme cette orientation, en précisant les transitions tarifaires pour les opérations en cours et les régimes intermédiaires applicables jusqu’à l’aboutissement complet de la réforme.
BON À SAVOIR
La Loi de finances n° 50-25 marque la troisième et dernière année de la réforme fiscale progressive engagée en 2024 par la loi-cadre n° 69-19. Au-delà de 2026, le système devrait être stabilisé autour de deux taux principaux de TVA (20 % et 10 %), avec une cartographie d’exonérations encadrée par les articles 91 et 92 du CGI (exonérations sans droit à déduction et avec droit à déduction respectivement).
Quels sont les principaux changements pour les importateurs en 2026 ?
Plusieurs ajustements concrets entrent en vigueur au 1er janvier 2026 et impactent directement le coût total d’une opération d’importation au Maroc. Ces évolutions sont issues de la Loi de finances 50-25 et précisées par la circulaire ADII n° 6702/210 du 26 décembre 2025.
La restructuration du tarif douanier
La circulaire ADII n° 6702/210 ramène la quotité maximale du tarif commun marocain de 40 % à 30 %. Cette réduction du plafond tarifaire concerne notamment certains produits agricoles transformés et textiles précédemment soumis aux quotités les plus élevées. Le tarif commun s’organise désormais autour de cinq tranches principales, allant de 2,5 % à 30 %.
Les ajustements ciblés sur certaines catégories
Au-delà de la restructuration générale, la circulaire ADII prévoit des baisses ponctuelles sur des biens identifiés. Le droit d’importation applicable aux appareils mobiles, incluant les smartphones, passe ainsi de 17,5 % à 2,5 % au 1er janvier 2026. La taxation des bois importés destinés à l’ameublement et au logement passe quant à elle de 12 % à 6 %.
La poursuite de la convergence des taux de TVA
Le sucre raffiné atteint son taux cible de 10 % au 1er janvier 2026, après plusieurs années de transition graduelle. L’énergie électrique poursuit également sa convergence vers le taux normal de 20 %. Ces évolutions s’inscrivent dans la simplification du système prévue par la loi-cadre n° 69-19.
La hausse de la taxe intérieure de consommation sur les cigarettes
La Loi de finances 2026 entame la phase ultime de la convergence de la taxation des cigarettes, avec une hausse de la composante de taxe intérieure de consommation. Cette mesure s’inscrit dans une trajectoire pluriannuelle d’alignement progressif sur les standards internationaux.
Le calcul de la TVA à l’importation s’effectue sur la base CIF majorée du droit d’importation et des autres taxes perçues à l’entrée.
Comment se calcule la TVA à l’importation au Maroc ?
La TVA à l’importation se calcule selon une formule cumulative qui intègre la valeur en douane et les droits et taxes perçus à l’entrée sur le territoire marocain. Cette mécanique de calcul est essentielle pour anticiper le coût total réel d’une opération d’importation.
La base imposable
La base de calcul de la TVA à l’importation correspond à la valeur CIF (Cost, Insurance and Freight) de la marchandise, augmentée du droit d’importation (DI), de la Para-Fiscale à l’Importation (PFI) de 0,25 % et de toutes les autres taxes éventuellement applicables à l’opération (taxes intérieures de consommation pour les produits concernés notamment).
La formule de calcul
Le calcul s’effectue ainsi : TVA = (Valeur CIF + DI + PFI + autres taxes) × taux applicable. Le taux applicable est de 20 % dans la grande majorité des cas, et de 10 % pour les catégories bénéficiant du taux réduit.
La détermination de la valeur en douane
L’ADII applique les règles d’évaluation issues de l’Accord OMC sur la valeur en douane. La valeur transactionnelle (prix effectivement payé ou à payer) prime, mais l’administration peut substituer cette valeur par des méthodes alternatives si elle estime que la valeur déclarée est anormalement basse. Les méthodes alternatives s’appliquent dans un ordre précis : valeur transactionnelle de marchandises similaires, valeur transactionnelle de marchandises identiques, valeur déductive, puis valeur calculée.
L’ADII dispose de bases de données de valeurs de référence par code tarifaire et par origine, utilisées notamment pour détecter les sous-valorisations sur les produits à risque (textiles, chaussures, électronique grand public).
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Quelles exonérations de TVA à l’importation prévoit la LF 2026 ?
La Loi de finances 50-25 élargit le champ des exonérations de TVA à l’importation sur plusieurs catégories de biens, dans une logique de soutien à des secteurs jugés stratégiques (agriculture, santé, alimentation de base).
Les nouvelles exonérations agricoles
L’exonération de TVA à l’importation est désormais étendue aux matières fertilisantes et supports de culture tels que définis par la loi n° 53-18. Auparavant, certains de ces produits étaient exclus du dispositif d’exonération. L’harmonisation introduite par la LF 2026 unifie le traitement fiscal à l’intérieur et à l’importation, avec bénéfice du droit à déduction dans le second cas.
S’y ajoute une mesure ponctuelle d’exonération du droit d’importation et de la TVA à l’importation sur les animaux vivants des espèces bovines, dans la limite de 300 000 têtes, ainsi que sur les camélidés dans la limite de 10 000 têtes, applicable du 1er janvier au 31 décembre 2026.
Les exonérations dans l’alimentation
La LF 2026 introduit une exonération de TVA sur les pâtes alimentaires courtes non cuites et non farcies (sans droit à déduction). Cette catégorie était précédemment taxée à 10 %. L’objectif affiché par la circulaire DGI est de soutenir le pouvoir d’achat sur des denrées de consommation courante.
L’exonération dans le secteur de la santé
L’importation du sang et de ses dérivés bénéficie également d’une exonération de TVA à compter du 1er janvier 2026, afin de faciliter l’approvisionnement du système de santé marocain.
Les matières de récupération
Les métaux et matières de récupération bénéficient d’une exonération de TVA sans droit à déduction. Cette mesure s’inscrit dans une logique de soutien à la filière du recyclage et de l’économie circulaire.
Pour bénéficier d’une exonération, l’importateur doit obtenir une attestation électronique délivrée par la Direction Générale des Impôts.
À RETENIR
- Taux normal de TVA à l’importation au Maroc en 2026 : 20 %
- Taux réduit : 10 % pour les catégories spécifiquement prévues par le CGI
- Quotité maximale du tarif commun : 30 % (contre 40 % auparavant)
- Base de calcul de la TVA : valeur CIF + DI + PFI + autres taxes
- Nouvelles exonérations : pâtes alimentaires courtes, matières fertilisantes, sang et dérivés, bovins, camélidés, métaux de récupération
- Procédure : attestation électronique délivrée par la DGI, transmise à l’ADII
Quelle procédure pour bénéficier d’une exonération de TVA à l’import ?
L’obtention d’une exonération de TVA à l’importation au Maroc passe par une procédure formalisée associant la Direction générale des impôts et l’Administration des douanes et impôts indirects. Cette procédure a été progressivement dématérialisée depuis la réforme de 2024.
L’attestation d’importation en exonération
Pour bénéficier d’une exonération, l’importateur doit obtenir une attestation d’importation en exonération de la TVA, établie par voie électronique par la DGI et transmise à l’ADII. Cette attestation n’est valable que pour l’année de sa délivrance, ce qui implique un renouvellement annuel pour les opérations récurrentes.
Les pièces justificatives
Selon la nature de l’exonération sollicitée, l’importateur doit présenter une combinaison de documents : preuves d’éligibilité au régime applicable, factures pro forma, contrats commerciaux, certificats d’origine et, le cas échéant, autorisations spécifiques délivrées par les administrations sectorielles compétentes.
Le calendrier d’application
Les exonérations prévues par la LF 2026 prennent effet à compter du 1er janvier 2026. Pour les opérations engagées avant cette date mais qui se concrétiseraient après, l’ADII a publié des dispositions transitoires permettant aux importateurs ayant entamé leur procédure d’acquisition de bénéficier du régime en vigueur au moment de l’engagement.
Quel impact concret pour les importateurs européens ?
Pour les opérateurs européens qui exportent vers le Maroc, les évolutions 2026 se traduisent par trois effets concrets qui appellent une revue des process logistiques et douaniers.
Le premier effet concerne le coût total des opérations. La baisse du plafond tarifaire à 30 % et les ajustements ponctuels sur certaines catégories (smartphones, bois) peuvent ouvrir des marges de manœuvre commerciales sur les produits concernés. À l’inverse, la convergence des taux de TVA (sucre raffiné, énergie électrique) peut alourdir le coût final pour les acheteurs marocains et appelle un dialogue prix avec les distributeurs locaux.
Le deuxième effet porte sur les opportunités d’exonération. Les exportateurs européens de matières fertilisantes, de produits alimentaires de base, d’équipements médicaux ou de biens d’investissement éligibles peuvent désormais bénéficier d’un environnement douanier plus favorable au Maroc. La construction du dossier d’exonération côté marocain devient un sujet à part entière, qu’il est utile d’anticiper avec son commissionnaire en douane.
Le troisième effet concerne la traçabilité documentaire. La dématérialisation accélérée des échanges entre la DGI, l’ADII et les importateurs implique une rigueur accrue sur les pièces justificatives. Les écarts de classification tarifaire, les valeurs déclarées et les conditions de livraison (Incoterms) deviennent des points de vigilance critiques pour éviter les contrôles a posteriori et les redressements.
Notre équipe accompagne les exportateurs européens sur l’ensemble de ces dimensions : organisation du transport France-Maroc, accompagnement douanier et conseil sur les régimes d’exonération applicables.
En synthèse : trois actions à mettre en œuvre dès maintenant
Les évolutions introduites par la Loi de finances 2026 et précisées par les circulaires DGI n° 737 et ADII n° 6702/210 modifient ponctuellement les conditions d’importation au Maroc. Trois actions concrètes structurent une réaction utile.
1. Cartographier les flux en cours et à venir. Identifier les produits importés susceptibles d’être impactés par la baisse du plafond tarifaire, les ajustements ciblés sur certaines catégories ou les nouvelles exonérations. Le simulateur de droits de douane de l’ADII permet de chiffrer rapidement le différentiel.
2. Auditer les attestations d’exonération en cours. Les attestations délivrées par la DGI étant valables une année civile, leur renouvellement et leur adaptation aux nouveaux dispositifs 2026 est un sujet à arbitrer dès le premier trimestre. Les exportateurs de produits éligibles aux nouvelles exonérations (matières fertilisantes, sang et dérivés notamment) peuvent en bénéficier rapidement sous réserve de la conformité documentaire.
3. Sécuriser le classement tarifaire. La restructuration du tarif commun et les nouvelles bases de référence utilisées par l’ADII rendent encore plus sensible la question de la classification douanière des marchandises. Un audit conjoint avec le commissionnaire en douane permet de prévenir les écarts coûteux et les redressements ultérieurs.
Au-delà de 2026, la convergence du système marocain vers une structure simplifiée se poursuivra. Les opérateurs qui mettent à jour leurs process maintenant prendront une longueur d’avance sur leurs concurrents.
Questions fréquentes sur la TVA à l’importation au Maroc
Quel est le délai de validité d’une attestation d’exonération de TVA délivrée par la DGI ?
L’attestation d’importation en exonération de TVA est valable pour l’année civile de sa délivrance. Pour les opérations récurrentes, un renouvellement annuel doit donc être anticipé en début d’exercice.
Les anciens taux de TVA de 7 % et 14 % existent-ils encore en 2026 ?
Ces taux sont en phase finale de suppression progressive. La réforme engagée par la Loi de finances 2024 organise leur extinction graduelle au profit du système à deux taux (20 % et 10 %). Certaines opérations en transition peuvent encore relever de ces anciens taux selon les modalités précisées par la circulaire DGI n° 737.
Les services numériques importés sont-ils soumis à TVA au Maroc en 2026 ?
Le Code général des impôts 2026 a élargi le champ d’application de la TVA aux services numériques. Cette mesure vise à harmoniser le traitement fiscal des prestations numériques transfrontalières et concerne notamment les plateformes étrangères proposant des services à des résidents marocains.
Comment connaître le code tarifaire applicable à mes marchandises ?
Le tarif douanier marocain s’appuie sur le Système harmonisé de désignation et de codification des marchandises (SH) à 8 chiffres. L’ADII met à disposition un outil de recherche sur son portail. Pour les marchandises présentant des ambiguïtés de classement, une consultation préalable auprès du commissionnaire en douane est recommandée.
La PFI de 0,25 % est-elle remboursable ?
La Para-Fiscale à l’Importation (PFI) au taux de 0,25 % est une taxe parafiscale qui s’applique sur la valeur en douane des marchandises importées. Elle n’est pas remboursable et constitue un coût définitif intégré au prix de revient de l’importation.
Article rédigé par les équipes M&M France, commissionnaire en douane et en transport international, spécialiste des corridors France-Maroc, France-Algérie et France-Tunisie. Sources : Bulletin officiel n° 7465-bis du 10 décembre 2025 (Loi de finances 50-25), circulaire DGI n° 737 du 27 février 2026, circulaire ADII n° 6702/210 du 26 décembre 2025, Code général des impôts 2026. Échanger avec un expert.
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